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Recadrage et panique

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etrang

Je ne savais pas à quoi pouvait bien servir le lien en cuir qu’il emporte partout avec lui. Jusqu’à ce qu’il m’étrangle avec hier soir…

La soirée avait mal commencé. Une journée de déprime pour moi, des incompréhensions, je suis kajira en mode pénible, mi-triste, mi-chiante. Il se contient, me parle, seuls les cent pas qu’il fait à travers le salon témoignent de sa colère qu’il tente de contenir.

Il ordonne le coucher, je m’allonge à côté de lui, mais le sommeil me fuit malgré ma fatigue. Je reste quelques instants sans rien dire, essayant de maitriser le flot de paroles qui me brulent l’œsophage comme de l’acide. Je veux le provoquer, je veux sa rage et sa colère, je désire le loup, crocs en avant luisants de mon sang… Seule ma crainte de réveiller la bête me retient. Je respire, une fois, deux fois, profondément. Voilà, je me calme… je respire… et vomis ma rage.

Les mots sortent et se bousculent, entourés d’un calme froid qui les renforce au lieu de les adoucir. Je ne crie pas, je parle. Je ne hurle pas, j’assène mes vérités avec l’implacable sérénité du juge qui proclame sa sentence, entouré de toute la supériorité qui est la sienne.

Ses yeux me foudroient, il ne dit rien, il écoute. Une crainte me retient, j’hésite. Mais je ne maîtrise déjà plus rien.

Le barrage cède sous la pression des dernières semaines et l’accumulation de toutes les tensions. Mes activités professionnelles, les siennes, la tanière, des échanges perturbants avec l’extérieur, ma fatigue, ma solitude… La vague se déverse, les mots sont transformés, les métaphores parlent pour moi : je me suis trompée, il est animal domestique et non un loup. Je suis louve et j’ai projeté sur lui mes fantasmes alors qu’il n’est pas celui qui peut les assumer.

Je m’entends parler et je culpabilise à chaque syllabe que je suis capable de sortir de mon gosier. Je ne le provoque plus, je suis dans l’attaque injuste, dans la recherche du conflit qui ne vient pas. Sa colère grandit, je la sens brûler à travers sa peau. Et je continue. Calme, froide, implacable. On me dit douce et calme, mais quand cette part de moi se réveille, personne n’est jamais resté debout face à moi. Je les ai tous combattus ainsi, et je les ai tous vaincus. Tous, sauf lui…

Lui connait la louve, connait ses crocs, l’acide qu’elle projette. Ils l’ont tous crains, pas lui.

Soudain il bondit. Le barrage cède pour lui également. Il veut anéantir cette louve qui se dresse devant lui, la mordre, la faire plier. Il n’est pas en colère, il vibre de rage dominatrice.

Sa main se pose sur ma nuque et il enfonce ma tête dans l’oreiller. Je me débats mais je ne peux rien faire contre la puissance du Maître. Il écarte mes jambes malgré toute l’énergie que je déploie pour les maintenir serrées. De son autre main, il saisit mon sexe, me doigte avec brutalité. Sa poigne contre ma nuque est douloureuse, je respire avec difficulté à travers le tissu et gémie de désespoir en sentant mon corps répondre à cette attaque avec désir et envie.

- Tu mouilles comme une salope !

Je crie de rage, il renforce sa prise et entoure mon cou du lien en cuir. Il serre, tire en arrière, je n’ai plus de souffle et la peur envahit chacune de mes cellules.

- Voilà, tu as un collier. Et méfie-toi, celui-ci est un collier étrangleur.

Comme pour confirmer ses propos, il tire encore sur le lien, m’obligeant à redresser le torse dans le vain espoir de relâcher la tension autour de ma gorge. Peine perdue, il suit mon mouvement et je manque d’air. Je suffoque et il attend suffisamment longtemps avant de diminuer très légèrement la force de la tension, suffisamment longtemps pour me faire douter sur ses intentions.

D’un mouvement brutal, il lève mon cul et me pénètre. Il ne me baise pas, il me possède sans se préoccuper aucunement de mon acceptation. Le plaisir me bouscule, c’est intense et tellement bon ! L’étranglement, la peur viscérale, sa possession, tout m’excite au plus haut point. Va-t-il me faire jouir ainsi ?

Il se dégage, sa main prend le relai et il me masturbe avec force. Je gémis, je suis au bord de l’explosion.

- Vas-y, jouis, jouis et montre-moi à quel point tu es une esclave uniquement là pour le plaisir des Maîtres. Jouis !

J’en suis incapable. Incapable de laisser mon orgasme exploser, incapable de calmer mon mentale pour n’être qu’à lui. Mes orgasmes sont difficiles ces derniers temps. Le stress, les préoccupations du moment, je ne sais pas pourquoi. Certainement un peu de tout ça. Et là, face à cet ordre du Maître auquel je veux obéir, le lien en cuir toujours douloureusement serré autour de ma gorge, je commence à paniquer. Je dois jouir et j’ai peur de ne pas y arriver.

Alors je lui réponds :

- Non

Juste ça, « non ».  Un « non » qui sonne comme un défi supplémentaire, comme une dernière provocation. Et peut-être était-ce le cas. Je crains la perte de contrôle provoquée par ma jouissance, je reste collée à ma protection habituelle : contrôler mon esprit, mon corps, mes pensées… mon souffle.

Il grogne de colère, se tend de rage. Il tire sur le lien qui emprisonne ma gorge, je redresse le haut de mon corps, la tête en arrière, tentant de conserver mon souffle de plus en plus laborieux. Puis, sans relâcher la pression, il se déplace derrière moi et positionne sa queue contre mon cul.

- Tu vas voir qui est ton Maître !

Il commence la pénétration. Je pousse un cri de douleur, il continue. Je crains la sodomie, j’ai mal, je me crispe, je gémis. Il cherche ma douleur, pas mon plaisir. Et tout cède… J’accepte sa force, j’accueille cette douleur vive dans mes entrailles. Je veux être à lui, être son esclave qu’il utilise comme il l’entend, je veux être celle qui lui offre tous les plaisirs.

Il accueille ma reddition de paroles encourageantes et s’enfonce en moi lentement. Mais mon corps refuse ce que mon esprit accepte. La douleur est intense, brûlante. Dans ma tête, deux pensées contradictoires s’affrontent : une partie de moi veut prononcer mon mot d’alerte, l’autre, la kajira, veut tout donner à son Maître.

Je sens une nouvelle panique qui lentement distille son poison dans tout mon être. Je gémis, je tremble, je retiens ma peur et me focalise sur la kajira qui m’encourage en silence. Et encore une fois, la vague m’emporte. Pourquoi, mais pourquoi mon cul est-il devenu le déclencheur de toutes mes peurs cumulées ? Pourquoi je panique à chaque fois qu’il veut me prendre ainsi ? Un dernier sursaut de maîtrise pour ne pas craquer vite balayé par l’ampleur de ma panique. Je supplie…

Je supplie à travers des « s’il te plait » plaintifs. Pas de « vous », pas de mot d’alerte, pas de Maître ni de kajira. Juste une femme paniquée qui supplie l’homme de ne pas la violer. Je ne contrôle plus mes pensées, je ne sais plus où nous sommes, qui il est, ce que je fais là et pourquoi. Je suis tétanisée, figée, tout juste capable de supplier sans rien expliquer.

Il se rend immédiatement compte de mon changement d’attitude qui n’a rien de normal. Il se retire et reste sans rien faire pendant que je me replie sur moi-même en gémissant de peur.  Après quelques instants, il s’approche à nouveau et baise ma chatte pour son unique plaisir.

- Pas d’orgasme pour toi ce soir, lance-t-il en se retirant après avoir jouis.

Son ton est sans appel. Je ne bouge plus, je reste l’esprit vide, repliée sur moi-même sans plus aucune réaction. Il me murmure un « bonne nuit » auquel je réponds d’un simple hochement de tête, incapable de prononcer le moindre mot.

Je m’endors ainsi pour une nuit sans rêve.

 

Le réveil fut doux. J’ai dormi d’un sommeil réparateur pour la première fois depuis longtemps. Il a agi comme le Maître, j’ai été sa chose qu’il utilise pour son plaisir. Et tout paradoxal que cela puisse paraitre, il a pris soin de moi comme seul un Maître goréen sait le faire avec une kajira. L’aurais-je respecté s’il m’avait faite jouir après avoir pris son plaisir ? Non, assurément pas. Je ne méritais pas le plaisir, pas après mon attitude irrespectueuse.

L’aurais-je respecté s’il s’était interrompu pour me câliner au moment de ma crise de panique ? Non. Il a agi comme un Maître. Il a stoppé une pratique en constatant mon état mais sans se priver, lui, du plaisir qu’il lui était dû. Il a agi comme le goréen qu’il est, se contentant de s’adapter pour ne pas blesser sa kajira plus que nécessaire. S’il avait agi autrement, il aurait manqué de puissance dominatrice et m’aurait laissée sans protection.

Car c’est de sa puissance que je tire mon bonheur de lui appartenir. Il s’est montré brutal, et j’ai besoin de ça.

En agissant ainsi, il a respecté qui je suis. En agissant ainsi, il a accepté ce que je suis : une kajira possédée par un Maître. Et il n’y a pas plus grande joie pour moi que celle-là.

 

Amazone

Après 18 ans de vie commune dont 16 années de mariage "vanilles", nous nous sommes enfin autorisés à vivre nos envies, moi de soumission et Lui de Domination. J'ai d'abord été Sa soumise et nous entamons notre évolution vers la relation Maître/esclave (kajira dans mon cas). Notre parcours est riche, d'expériences mais aussi de doutes, d'interrogations et de découvertes. Ce blog est une marque de ma soumission envers Maître car ici, je lui offre mes pensées, de la même manière dont je lui offre mon corps : intégralement...

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5 Commentaires

  1. elerinna

    12 octobre 2018 à 16 h 51 min

    Ooooohhhhhhh…. Comme je reconnais le Maître goréen, comme j’aime et j’admire Sa réaction, et comme je comprends ce que tu as ressenti, ce besoin primaire, cette brutalité salvatrice, cet apaisement découlant de la pure appartenance. Tu as cherché à combattre et tu as perdu. Il fallait que tu perdes, et crois moi, tu devras perdre encore, j’en suis certaine. Mais c’est ainsi que tu apprendras, c’est ainsi que tu t’apaiseras, c’est ainsi que tu Lui appartiendras.
    Tu es belle, tu es femme, tu es kajira, tu es toi.
    Courage ma belle, ma soeur, et présente je te prie mes plus humbles et sincères respects à Maître. Je m’incline devant Sa force et Sa sagesse.
    Avec toute ma tendresse,
    élerinna, kajira d’Elendil

    Répondre

    • Amazone

      28 octobre 2018 à 11 h 54 min

      Bonjour ma chérie !

      Oui, ça fait parti des moments qui sont importants. Pour le moment, je ne lutte plus et c’est bien ainsi :-)

      Belle journée à tous,
      Je t’embrasse fort,

      Amazone

      Répondre

  2. caroline gn

    16 octobre 2018 à 8 h 58 min

    bonjour ,

    je commence une relation D/s avec un Maître formidable et j’avoue que vos écrits sont magnifiques et inspirants , car je me retrouve tellement dans vos descriptions et vos ressentis ;
    je ne me sens apaisée que lorsqu’il est vraiment Maitre et Dominant , vous êtes , madame, une formidable kajira , comme j’aimerai devenir
    merci de continuer à me ravir par vos écrits
    mes salutations à Votre Maître

    sincèrement,

    ka , kajira en devenir de Maitre John

    Répondre

    • Amazone

      28 octobre 2018 à 11 h 56 min

      Bonjour Ka,

      Je suis ravie de vous lire et je vous remercie pour vos compliments qui me vont droit au coeur.
      Je vous souhaite une belle et merveilleuse route aux pieds de votre Maître,

      Amazone

      Répondre

  3. caroline gn

    16 octobre 2018 à 15 h 43 min

    Je voulais déjà vous remercier pour vos magnifiques textes, je suis ravie de vous lire . Je voulais également vous dire combien je reconnait mes ressentis , mes doutes et aussi mes colères dans vos textes . Je suis une Kajira en devenir auprès de Maitre John , et il est vrai que nous sommes réellement soumise que si notre Maître est à sa belle place de Maître et de Dominant . Un Maître comme le votre et le Mien nous connaissent et savent agir en conséquence et c’est ainsi que nous sommes à notre place .

    Mes respects à votre Maître
    Sincèrement,
    ka, kajira de Maitre John

    Répondre

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