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Renoncement

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Tout changement commence par un renoncement. Cette règle universelle à laquelle nul ne peut échapper est l’une des premières à intégrer pour tous les changements que nous vivons. Rentrer dans une relation D/S demande à se poser cette question : pour vivre pleinement ce changement, à quoi suis-je prêt(e) à renoncer ? Ne pas répondre à cette question, que l’on soit dominant(e) ou soumis(e), c’est se préparer à vivre avec certitude un échec de la relation, à plus ou moins long terme.

J’accompagne le changement depuis un peu plus de dix ans maintenant. Que ce soit un changement individuel ou collectif, les lois sont toujours les mêmes, les écueils également. On dit souvent que l’être humain n’aime pas le changement et que, lorsqu’il en vit, se met à nous faire la fameuse « courbe du changement » avec ces phases de déni, colère, tristesse, résignation et acceptation. Un peu « capillotracté » (lisez « tirer par les cheveux :-) ), car cette fameuse courbe, bien réelle, a été conceptualisée pour énumérer les phases du deuil et non du changement.

Quelques esprits éclairés ont fait le parallèle entre « deuil » et « changement » un peu trop vite. En réalité, ce lien n’a jamais été prouvé ni étudié. Beaucoup ont simplement accepté qu’il existait une « courbe du changement » parfaitement identique à la « courbe du deuil » et s’échinent à interpréter tous les remous émotionnels comme « normaux car faisant partie des étapes obligatoires lorsqu’on change quelque chose à notre vie ». Et bien, il n’en est rien. Nous sommes tous en capacité de vivre des changements d’une manière confortable et positive, car cela est le propre de notre nature humaine : nous sommes des animaux adaptables (et nous devons à cette capacité la survie de notre espèce jusque là). Pour peu qu’on se pose les bonnes questions dès le départ…

Si je vous parle de tout ça, c’est simplement que mes recherches et notre expérience propre m’ont apportée beaucoup de compréhension sur « comment faire pour échouer dans une relation D/S » (tiens, ça ferait un titre de livre amusant ça :-) ) .

En lisant les témoignages glanés ici et là, les recherches en sciences humaines réalisées sur le monde du BDSM (si si, je vous assure : il y a des enseignants chercheurs qui ont écrit des articles très sérieux sur le BDSM et les relations D/S, allant même jusqu’à observer des séances dans des donjons. Les petits malins, quelle meilleure manière de concilier travail et plaisir ? :-) :-)   Petit détour nostalgique, j’aurai dû choisir un autre sujet de thèse moi, j’aurai pu faire comme mes collègues. Je ne suis pas assez créative quand je me lance dans un travail, Lol !) , bref, en compilant beaucoup de données et de témoignages ces dernières années, j’ai pu mettre en évidence des écueils qui sont autant d’obstacle pouvant détruire une relation D/S et, par ricochet, une relation tout court. Car, si certains pratiquent de façon occasionnelle ou avec des partenaires en-dehors du couple, il existe de nombreux couples, pour certains parents d’un ou plusieurs petits loups, qui peuvent finir par se séparer du fait de l’effondrement d’une relation D/S qu’ils n’ont pas réussi à stabiliser.

Le premier écueil qui semble commun à presque tous les pratiquants, qu’ils aient réussi ou non, est cette fameuse question qu’ils ne se posent pas avant de mettre en place le changement : à quoi suis-je prêt(e) à renoncer ?

Vivre un changement, qu’il soit voulu ou imposé (une perte d’emploi par exemple), n’est possible que si nous acceptons que pour changer, nous devons renoncer à quelque chose. Pour vous illustrer ce concept, imaginez un déménagement, voulu et désiré par vous. Au moment de plier bagage, vous commencez à ressentir un brin de nostalgie : c’est la phase de renoncement. Je vais devoir renoncer à mes habitudes de vie, à ma zone de confort, aux personnes que je croisais dans mon quotidien. Et même si vous viviez dans un environnement pourri et que vous êtes très très heureux de partir ailleurs, votre cerveau, bien confortable dans ses habitudes, va quand même vous dire : « je ne veux pas renoncer ».

Le fantasme le plus répandu est celui du « je change et je garde tout le reste comme avant ». Comme s’il était possible de simplement rajouter la cerise « changement / truc en plus » sur notre gâteau.

Imaginez maintenant que vous désiriez un changement de vie dans votre couple et que vos envies et désirs mutuels vous amènent à la même idée  : se lancer dans une relation D/S, saupoudrée (ou pas, c’est selon les goûts) au BDSM. Vous en avez envie tous les deux, vous fantasmez sur tout le positif que cela apporte et vous discutez avec gourmandise de tous les possibles que cela ouvre. Et sans vous en rendre compte, vous réfléchissez le tout en mode « je garde tout comme avant, je rajoute simplement des règles, des rituels, des nouvelles pratiques dans notre vie. Une délicieuse cerise sans toucher au gâteau ».

Ceux qui l’ont vécu ou sont en train de le vivre vous diront tous la même chose : ça ne fonctionne pas et ça devient vite un beau bordel de non-compréhension et de besoins non assouvis.

Revenons donc à notre fameuse question : à quoi suis-je prêt(e) à renoncer pour vivre ce changement ?

Pour le dominant, c’est peut-être renoncer à un confort de vie, car prendre la responsabilité d’une relation et d’un(e) soumis(e) demande du temps, de l’attention, que vous en ayez envie ou pas. Le dominant ne peut se permettre d’être en posture de « ça fonctionne comme je veux et quand je le veux », et s’oublier dans les moments plus fatigants ou moins motivants. Par exemple, se retrouver face à un soumis qui doute et se questionne, ou encore qui est de mauvaise humeur (oui, oui, les soumis ont des humeurs. Ils ne changent pas de statut en devenant soumis, ils restent des humains ;-) ), peut ne pas donner envie au dominant de s’occuper de la relation. Il est plus confortable d’attendre que l’humeur soit plus joyeuse et ne s’investir à fond que durant les moments « up » de la relation. Mais si vous vous êtes posé la question du renoncement au début (mieux, avant) le changement, vous avez accepté que pour vivre pleinement tous les bénéfices de la relation, vous devez renoncer à ce confort de vie qui est « l’autre se gère tout seul ». Vous avez accepté de vous engager pleinement et d’agir même si, là maintenant tout de suite, gérer un(e) soumis(e) en pleine crise existentielle ou en mode « schtroumpf grognon horripilant » vous saoule au plus haut point.

En résumé, vous avez renoncé à une partie de votre confort de vie d’avant, pour pouvoir vivre pleinement le changement et, croyez-moi, récolter encore plus de positif que dans votre vie précédente. Car un changement réussi est un changement dans lequel la balance « bénéfices / pertes » reste largement positive (je ne le dirais jamais assez, si vous passez plus de temps à souffrir de la relation qu’à en jouir, stoppez ou changez de partenaire !)

Pour le soumis(e), les questions sont identiques. A qui suis-je prêt à renoncer ?

Le piège est de tomber dans le fantasme du « je suis prêt(e) à tout », version fleur bleue de la soumission aromatisée à l’abnégation. Vous ne pouvez pas vous contenter de cette réponse et il est essentiel d’aller s’interroger sans détourner le regard. Suis-je prêt à renoncer à mon confort de vie que j’avais avant ? Et ce confort, quel était-il ? La possibilité lors de journées « off » durant lesquelles nous n’avons envie de rien de se lancer dans une opération « pyjama et canapé de 7h du matin à 20h le soir ? » Ou encore, la possibilité de se coucher quand je veux, directement la couette sous le menton et la tête enfoncée dans l’oreiller, sans passer par la satanée posture inconfortable à genoux sur le lit ? Ou encore, d’accepter des façons de faire même si ça ne me correspond pas, même si je n’en ai pas envie ? Ou simplement, renoncer à ses projections de perfection que l’on peut poser sur un dominant en acceptant que tout ne sera pas parfait tout le temps ?

Chacun aura à la fois ses réponses et ses questions. Identifier ce à quoi l’on est prêt à renoncer est primordial avant de se lancer dans une relation, quelle qu’elle soit. Si vous ne l’avez pas fait alors que vous êtes déjà dans la relation, tout va bien. Vous pouvez le faire maintenant ;-)

Et si la réponse à votre question est « je ne pourrais pas renoncer à ça », il sera alors temps d’échanger avec votre partenaire et d’ajuster la relation.

Voici donc le premier élément de « comment faire pour échouer dans une relation D/S ». Il y en a d’autres, mais ce sera pour un prochain partage.

En attendant le prochain article, je vais prendre mon petit calepin et me poser la question : à quoi suis-je prête à renoncer pour vivre pleinement notre relation D/S ? Et l’air que rien, en poser un  dans la main de mon dom d’amour. On ne sait jamais, sur un malentendu :-) :-)

En attendant, prenez soin de vous et vivez…

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4 Commentaires

  1. Galathee

    7 août 2018 à 22 h 54 min

    Bonjour Amazone,
    Merci de cet article, j’aime beaucoup me poser des questions qui me permettent de me remettre en question.
    Et celle-ci me convient bien.
    Bises à toi et mes salutations distinguées à ton Maître.
    Galathee

    Répondre

    • Amazone

      27 août 2018 à 8 h 58 min

      Bonjour Galathee,

      Oui, ce sont des questions qui font du bien et qui permettent d’avancer plus confortablement. Moi aussi je suis très preneuse de ce genre de question, même si parfois les réponses me font grimacer :-) :-)

      Je t’embrasse si je puis,
      Mes respects à ton Maître,

      Amazone

      Répondre

  2. ErosPower

    18 août 2018 à 9 h 27 min

    Bonjour Amazon, merci de ce partage que Je trouve très pertinent et (comme souvent ici fort bien exprimé). J’approuve le projet d’un ouvrage « comment faire échouer votre relation D/s ». Une compilation de ces articles peut être ? Evidemment cela résonne avec l’ouvrage de Paul Watzwalick « comment faire son propre malheur » l’un des fondateurs de l’analyse transactionnelle qui avec un humour ravageur détaille les postures du mal être de l’inconscient de soi et des autres…
    J’aime beaucoup l’image de la cerise sur le gateau, un tropisme tellement commun à chacun dans sa difficulté de choisir pleinement (donc renoncer) le changement.
    Enfin, Je ne comprends pas l’avant dernière phrase « Et l’air que rien, en poser un dans la main de… » Euh… un quoi ? Un calepin ? Un changement ?
    Merci encore.
    Bien à V/vous deux.

    Répondre

    • Amazone

      27 août 2018 à 9 h 04 min

      Bonjour Monsieur,

      Je vous remercie pour votre commentaire et vos compliments qui me touchent. Une compilation des articles est une bonne idée ! Je crois (non, je suis certaine :-) ), que j’ai de la matière pour réaliser cet ouvrage !

      Je vous avoue que l’idée du titre me vient également de P. Watzwalick « comment réussir à échouer, trouver l’ultra-solution » (dans la même veine que celui que vous citez). J’aime beaucoup cet auteur et, bien entendu, toutes les approches de l’école de Palo Alto.

      Concernant l’avant dernière phrase, votre question m’a faite rire. Oui, il s’agit bien d’un calepin :-) Pour le changement, Il est seul Maître à bord, je n’oserai pas.

      Je vous souhaite une belle journée ainsi qu’à votre magnifique esclave,
      Respectueusement,
      Amazone

      Répondre

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