Jour 1

2
1
601
femme sauvage

Comment suis-je arrivée là ? A genoux devant Lui, léchant Son torse, humiliée et excitée à la fois ? Plaquée contre le lit par Son corps puissant, fessée avec douleur, luttant et me soumettant dans un même geste, dans un même effort de volonté ? Durant deux semaines entières, il n’y avait plus rien, ni Maître, ni esclave. Durant deux semaines entières, j’avais renoncé à Lui, enfoui ma nature profonde tout au fond de moi, dans une toute petite boîte soigneusement fermée à clé. Alors comment suis-je arrivée là ?

- Je suis ton mari, pas ton Maître.

Ces mots, lancés par colère, clôturent deux jours de déstabilisation, de phrases assassines que je ne comprends pas, deux jours de fierté mal placée qui Le pousse à me repousser, à me faire mal. Il regrette chacune de ses phrases sitôt prononcées, mais ne dit rien. Il s’en veut et cela attise sa colère qu’il projette contre moi. « Je ne me reconnais pas » me dit-il dans un sursaut. Moi, je le reconnais. C’est sa part d’ombre qu’il n’assume pas, cette part de lui qui gronde, attaque, tourne autour de sa proie dans une volonté de faire mal, toujours avec des mots, jamais avec son corps. Oui, je le reconnais… Lui aussi a sa part d’ombre, comme nous tous, comme moi. Et comme beaucoup, il ne la reconnaît pas, il la repousse, en fait un artéfact de lui qui n’est pas lui.

J’esquive, me protège, le prend au mot, dans un vain espoir de calmer la situation. Comment arrive-t-on à se faire autant de mal tous les deux ? Notre capacité à nous faire mal est à la hauteur de notre capacité à nous aimer : infinie… Je vide le donjon, intégralement. Je vide le blog, presque intégralement. Je n’arrive pas à supprimer tous ces articles qui racontent trois ans de notre vie. Je me contente alors de les rendre inaccessibles. Je suis perdue, ne comprends pas, mais j’esquive, me protège.

Je fais défiler tous ces mots posés ici pendant qu’une de ses phrases tourne en boucle dans ma tête : « d’accord, c’est sympa tout ça, on s’éclate bien au lit. Mais je ne suis pas un Maître ». Pour moi, ce lien est bien plus, infiniment plus qu’une pratique sexuelle, aussi jouissive soit-elle. C’est un lien d’amour profond, un duo sacré entre un homme et une femme, un réalignement et une libération mutuelle.

Nous étions dans un lien, nous vivions notre connexion sans aucun nuage à l’horizon. C’était comme un jour d’été, doux, chaud et lumineux. Je me soigne sous les rayons de notre soleil, apprend à respirer et à lâcher-prise, entourée par notre chaleur. Et comme un jour d’été, le ciel s’obscurcit et l’orage éclate, inattendu, puissant et  destructeur.

Ah mon amour, qu’avons-nous fait ?

Il n’y a qu’un seul et unique moyen de blesser profondément une femme sauvage : refuser d’être qui il est. Et il a utilisé ce moyen, notre lien, pour blesser. Mes larmes furent aussi profondes que ma douleur. Sa culpabilité aussi profonde que sa douleur. Seuls des amants fous d’amour l’un pour l’autre sont capables de se blesser aussi profondément.

Je m’éloigne, me réfugie en moi. Durant deux semaines, nous vivons notre vie de mari et femme. Je me repose de lui, je m’anesthésie de sa présence et décide que jamais, plus jamais, je ne me soumettrais. Plus jamais je ne serais à genoux, dans toutes les significations de ce terme.

Nous discutons, beaucoup. Cherchons à comprendre l’incompréhensible, à identifier nos erreurs mutuelles. Je me définis comme j’aurai dû le faire depuis longtemps, affirme que je refuse à présent l’inacceptable. On ne peut, on ne doit plus, se faire du mal ainsi. Je l’interdis, je nous l’interdis.

Mot après mot, il se comprend. Ses parts de lui, sa part d’ombre qu’il refuse, qui lui fait peur et qu’il rejette. Cette part qui lui fait ressentir de l’excitation quand il voit ou imagine des scènes d’humiliation, de douleurs, de possession. Et si un jour, il allait trop loin ? Et si un jour il me brisait, sans le vouloir, mais en aimant ça ? Il confond sa pulsion de vie, sa pulsion sexuelle avec une pulsion noire, une pulsion mortifère. Non, il n’est pas homme à jouir d’un viol ou d’une violence gratuite. Ça le dégoute, ça le met mal à l’aise. Non, si la femme qu’il voit ou qu’il imagine ne prend aucun plaisir, si elle est victime d’un bourreau assoiffé de douleur et de sang, il est mal à l’aise, dégouté par la scène. Nulle part en lui se trouve une pulsion mortifère. C’est une pulsion de vie, intense, puissante. Une excitation de possession ultime, de puissance masculine. Car ce qui lui donne du plaisir, c’est ma jouissance, mon corps qui se tord de désir, mon sexe qui pleure des larmes de plaisir intense.

Mot après mot, nous nous comprenons. Nous avançons, durant des jours et des jours.

Je reste figée dans ma peur que tout ceci recommence, encore… Comme un mauvais film, je revois tous ces moments où il a reculé, abandonnant l’esclave que je suis sur le bord du chemin, pour revenir la chercher après avoir réalisé qu’il ne peut vivre sans elle. Je revis chaque abandon, fais le décompte des plaisirs de vie intenses et l’équation me semble aboutir à un résultat négatif. Nos plaisirs, nos alignements, valent-ils le prix de cette douleur qui, à chaque orage, se fait plus intense, plus profonde ? Non. Telle est ma décision : non.

Alors, pas après pas, il reconstruit ce qu’il a piétiné à coup de fierté mal placée. Il se pacifie et nous pacifie. Il me murmure qu’il ne reconstruit pas, il construit quelque chose de nouveau. Je l’écoute sans le croire, luttant contre cet espoir qui, comme à chaque fois, grandit en moi et me pousse à nouveau vers ce Maître que je désire et crains à la fois. S’il restait mon mari, nous n’aurions plus à vivre tout ça. S’il restait mon mari, nous ne vivrions plus notre lien sacré….

Je reste figée dans ma peur que tout recommence, encore. Qu’au moment de mon abandon, il m’abandonne. Car ce qu’il rejette dans ces moments-là n’est pas le Maître en lui, c’est moi. Moi dans ce que je suis de plus précieux, de plus profond, de plus transparent. Il ne peut rejeter ce que je cache, et je peux vivre avec le fantasme que ma véritable identité peut être aimée. Et il peut rejeter ce que je montre de moi, c’est à dire tout, mon identité profonde… Rester cachée pour ne pas risquer d’être écorchée ? Solution artificielle, mais qui me sécurise. Alors je le refuse à mon tour, refuse de renouer le lien.

Il me parle, en douceur. Je sens son énergie qui doucement se transforme. Ses mots se renforcent de sa détermination. Il apprivoise à nouveau cette femme sauvage qui s’en est retournée dans sa forêt impénétrable et qui se cache de lui.

Il s’approche trop, je montre les dents, je grogne, véritablement. Alors il possède, il laisse sortir le sauvage en lui. Ce fut hier soir… Par sa force, physique et mentale, il me capture, me dresse, m’ordonne. Je lutte, avec intelligence, et m’échappe. Il n’abandonne pas, tourne autour de l’animal sauvage, se présente à lui comme son alter ego, lui aussi à nouveau sauvage.

Il aura ces mots, qui éclairent tout ce que nous sommes, qui éloignent l’orage et font revenir le jour d’été :

- Tu es une femme sauvage, magnifique et forte. Tu es de celle qui ont besoin d’un homme, d’être protégée par lui, d’être aimée de lui. Tu es de celle que l’on nomme, sur une autre planète, une kajira. Tu es une femme sacrée, que peu d’hommes peuvent posséder. Voilà qui tu es…

Je lui réponds dans un souffle

- Et si j’étais une femme libre et indépendante, une femme qui n’a pas besoin d’un homme ?

- Alors tu t’éloignerais de ton féminin sacré, tu refuserais la femme sauvage en toi. Tu t’éloignerais de tout ce que tu es, de ta puissance et de ta force. Tu serais seule… Tu as besoin d’un homme sacré à tes côtés, d’un homme qui saura prendre soin de toi, qui te protège et qui fera épanouir le sacré en toi.

- Et tu es cet homme ?

- Oui, je suis cet homme. Je suis le seul capable de te posséder, je suis cet homme qui est capable de te protéger. Je suis cet homme sacré dont tu as besoin.

Et il me le prouva durant les heures qui suivirent. J’ai lutté, non pas pour le défier, mais pour goûter à l’homme sauvage, pour humer son énergie dominante et m’abreuver de sa peau. Humiliée, possédée, aimée et désirée. Encore et encore jusqu’à l’extase, jusqu’à la jouissance intense et bouleversante. Il fut dur, intransigeant, exigeant. Et la femme sauvage, avec un soupir de bien-être, s’est à nouveau allongée aux pieds de l’homme sauvage.

- Cela ne suffira pas, me dit-il avant de s’endormir, je le sais. Nous avons devant nous vingt-huit jours durant lesquels je vais te montrer tout ce qui a changé en moi. A l’issu de ces vingt-huit jours, tu prendras ta décision. Soit nous stoppons tout, soit nous continuons.

Vingt-huit jours… Aujourd’hui, nous sommes le jour 1. Et je ne suis pas encore apprivoisée. Et il le sait, mais ne s’en inquiète pas. Car comme il me l’a dit, je suis à lui et je n’ai pas le choix d’être à lui. Et il veut ma décision, mon consentement absolu. A l’issu des vingt-huit jours…

Aujourd’hui, nous sommes le premier jour du reste de notre vie.

Amazone

Après 18 ans de vie commune dont 16 années de mariage "vanilles", nous nous sommes enfin autorisés à vivre nos envies, moi de soumission et Lui de Domination. J'ai d'abord été Sa soumise et nous entamons notre évolution vers la relation Maître/esclave (kajira dans mon cas). Notre parcours est riche, d'expériences mais aussi de doutes, d'interrogations et de découvertes. Ce blog est une marque de ma soumission envers Maître car ici, je lui offre mes pensées, de la même manière dont je lui offre mon corps : intégralement...

  • etrang

    Recadrage et panique

    Je ne savais pas à quoi pouvait bien servir le lien en cuir qu’il emporte partout av…
  • Exif_JPEG_420

    Un arbre à badines

    Que la nature est bien faite ! Lors d’une de nos ballades en forêt, nous avons crois…
  • fouet esclave

    Donjon improvisé

    Hier soir Maître a décidé d’emmener sa kajira dans le donjon.  Une séance au donjon …
Charger d'autres articles liés
  • etrang

    Recadrage et panique

    Je ne savais pas à quoi pouvait bien servir le lien en cuir qu’il emporte partout av…
  • Exif_JPEG_420

    Un arbre à badines

    Que la nature est bien faite ! Lors d’une de nos ballades en forêt, nous avons crois…
  • fouet esclave

    Donjon improvisé

    Hier soir Maître a décidé d’emmener sa kajira dans le donjon.  Une séance au donjon …
Charger d'autres écrits par Amazone
  • etrang

    Recadrage et panique

    Je ne savais pas à quoi pouvait bien servir le lien en cuir qu’il emporte partout av…
  • Exif_JPEG_420

    Un arbre à badines

    Que la nature est bien faite ! Lors d’une de nos ballades en forêt, nous avons crois…
  • fouet esclave

    Donjon improvisé

    Hier soir Maître a décidé d’emmener sa kajira dans le donjon.  Une séance au donjon …
Charger d'autres écrits dans Journal

2 Commentaires

  1. galathee

    8 juillet 2018 à 12 h 51 min

    Bonjour Amazone,

    Je suis contente de vous lire de nouveau.
    La vie n’est pas toujours  » rose » ou  » un conte de fée » comme on veut nous le faire croire.
    Je suis sûre que ces prochains 28 jours seront bénéfiques pour repartir sur de nouvelles bases.
    J’ai vécu une petite rupture avec mon Maître et depuis que j’ai refait ma demande ( après qu’il ait fait le 1er pas suite à une interruption d’échanges de nouvelles durant 2 jours) il a établi de nouvelles règles qui me permettent de me sentir mieux, sereine et apaisée.
    Mes salutations distinguées à ton Maître et toi.

    Répondre

    • Amazone

      25 juillet 2018 à 8 h 41 min

      Bonjour Galathée,

      Je suis d’accord avec toi, la vie n’est pas un conte de fée. Et finalement, c’est une bonne chose car tous ces évènements nous permettent d’apprendre un peu plus sur nous-même.

      Je suis ravie que tu te sentes apaisée et sereine. Une rupture, si courte soit-elle, avec son Maître, n’est jamais une période facile.

      Je te souhaite une très belle journée,
      Je t’embrasse,
      Amazone

      Répondre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Lettre à mon Maître

Mon âme est comme une étoile, brillante et fragile. Elle brille en moi et tout autour de m…